Au Brésil, les femmes entrepreneurs s’organisent

Camila Farani, Présidente de Gavea Angels, et fondatrice de MIA

Camila Farani, Présidente de Gavea Angels, et fondatrice de MIA

Dans notre rencontre de l’écosystème entrepreneurial carioca, et plus largement brésilien, un sujet a particulièrement attiré notre attention : la place des femmes. Nous avons rencontré de nombreuses femmes entrepreneurs, et découvert des initiatives pour les mettre en avant. En voici quelques unes.

“Les femmes représentent la moitié de la population mondiale. Pourtant, elles ne font absolument pas partie de la révolution numérique” désespère Monique Correa, fondatrice de la startup Pet Roomie, un service de garde d’animaux domestiques, et responsable de Girls in Tech au Brésil.

Certes, le problème du manque de femmes dans l’entrepreneuriat, et plus encore dans le numérique, est mondial. Mais dans un pays profondément machiste, et une société patriarcale telle que le Brésil, le défi est bien plus important. “La pression sociale est très forte. On m’a souvent dit que je ne réussirai jamais” confie Victoria Scholte, fondatrice de Me Pasa Ai, plateforme éducative. Dans une étude de l’Institut Avon de 2014, 89% des hommes considéraient inacceptable qu’une femme ne s’occupe pas des tâches domestiques. Le dernier rapport du World Economic Forum classe le Brésil 85ème sur 145 pays en terme de parité homme - femme. Dans ce contexte, fonder une startup est loin d’être évident.

Monique Correa, à gauche, Directrice de Girls in Tech

Monique Correa, à gauche, Directrice de Girls in Tech

Néanmoins, les initiatives abondent pour réduire cette inégalité. Monique Correa a la trentaine et déjà un beau palmarès. En 2015, elle est très inspirée par la conférence TEDx sur les femmes et la technologie d’Estelle Rinaudo, Managing Director de Girls in Tech à Sao Paulo. Elle décide alors de créer la branche carioca de cette association, qui souhaite mettre en valeur les femmes dans le domaine des nouvelles technologies, en parallèle de la startup qu’elle a monté Pet Roomie. Elle organise son premier événement en août 2015 et, depuis, une trentaine de personnes se réunissent chaque mois pour pitcher leurs startups et se rencontrer. “Le pitch est réservée aux femmes, mais les événements sont ouverts aux hommes également”. Si elle se bat pour cette cause, c’est que “la technologie représente une opportunité énorme pour le développement professionnel des femmes”.

Fonder une startup est une chose. La financer en est une autre. “La première fois que je suis entrée dans une pièce remplie d’investisseurs, il y avait uniquement des hommes” se souvient Camila Farani. Cette jeune femme de 32 ans décide alors de créer MIA - Mulheres Investidoras Anjo, un groupe de business angels dédié aux femmes. Elle est convaincue que “dans un écosystème, la présence d’investisseurs féminins encourage les femmes à entreprendre”. En parallèle, Camila est aussi Présidente de Gávea Angels, un groupe de business angels cariocas, “la première femme depuis la création du groupe, il y a 12 ans” dit-elle, avec une fierté évidente.

MIA n’est pas la seule union de femmes à s’être créée. Les réseaux se sont multipliés ces dernières années : PWN (Professional Woman's Network), Para Mulheres Na Ciência (Pour les femmes scientifiques), et Portal Mulher Executiva (Portail des femmes d’affaires) en sont quelques exemples.

Les femmes brésiliennes sont passées d’un entrepreneuriat de nécessité à un entrepreneuriat d’opportunité
— Camila Farani, Présidente de Gaveá Angels

En 2014, Juliana Brêtas a créé Superela, une plateforme en ligne “pour l’empowerment des femmes”. On y trouve des articles écrits par un groupe de 200 chroniqueurs, un annuaire de professionnels, et une communauté (le Superela Clube). “Notre objectif est de redonner du pouvoir aux femmes, de leur redonner confiance en elles, et de les valoriser” explique Juliana. Sa communauté compte désormais plus de 100 000 personnes. Les brésiliennes ont donc parfaitement compris qu’être une femme peut aussi être source d’opportunité ; le marché féminin est énorme dans ce pays qui en compte plus de 100 millions. “L’entrepreneuriat est plus compliqué pour nous mais le fait d’être une femme nous rend aussi plus unique” confie Victoria Scholte.


Au pays de Gisele Bündchen, les chiffres de l’entrepreneuriat féminin au Brésil sont encourageants : en 2014, le nombre de femmes entrepreneurs a bondi de +49%.