Marcela, peur de rien

Si le Brésil est un pays fort chaleureux envers les touristes, il l’est beaucoup moins pour une partie considérable de ses citoyens. Encore très empreint de racisme, de sexisme et d’homophobie, le pays est d’une violence inouïe à l’égard de populations ciblées. La rage de la nageuse brésilienne Joanna Maranhao qui poursuit en justice les internautes l’ayant injuriée ou l’histoire de la toute récente championne olympique, Rafaela Silva, en sont des illustrations dans le domaine du sport.

 

Marcela code

 

Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Marcela Alves, co-fondatrice d’EmpowerIt. Jeune, femme, métis, brésilienne, et issue d’un milieu modeste, elle part avec une branche de Pernambouc dans le pied. Née dans le village d’Aratuba, dans l’Etat du Ceará au Nord-Est du pays, là où l’essentiel de la population consacre sa vie à la terre, elle se passionne toute jeune pour les sciences. 

“C’est bizarre car ici tout le monde pense agriculture, pas science. Mes parents n’ont même pas terminé l’école élémentaire.”
Marcela Alves, co-fondatrice d'EmpowerIt

Marcela Alves, co-fondatrice d'EmpowerIt

 

Transfuge de la médiocre école publique brésilienne, elle intègre la faculté de Fortaleza en informatique, et parvient même à partir en échange à l’Arizona State University grâce à une bourse de l’État brésilien, alors qu’elle ne parle pas un mot d’anglais. Entre temps, elle étudie à la Wolfram Summer School à Bentley University, du nom du chercheur Stephen Wolfram, auteur de A New Kind of Science.

 

All by myself

 

Au fil de son parcours, au Brésil comme aux Etats-Unis, elle ne cesse de s’étonner du peu de femmes présentes à ses côtés. Ainsi à l’occasion d’un concours, le WVEF Tech Challenge organisé en 2015 par l’International Trade Center, Google et CI&T, elle propose avec sa co-fondatrice Brenda Miranda, une physicienne au parcours similaire, l’application EmpowerIt. Cette solution numérique permet de connecter des femmes entrepreneurs, Marcela considérant que ce qui lui a le plus manqué dans son parcours sont des conseils de ses paires. Elles ne gagnent pas le prix mais reçoivent une mention d’honneur.

Depuis, Marcela est membre du Youth & Trade program, a démarré un Master à Sao Paulo et travaille en parallèle sur le développement de l’application. Dans un pays profondément machiste, elle reçoit de nombreuses insultes : 

“Au Brésil, lorsque tu crées quelque chose pour les femmes, tu deviens une féministe radicale. (…) On me demande pourquoi je fais ça, on nous menace.”

 

Mais cela ne la décourage pas. Loin de là. Elle dégage une énergie et une joie de vivre incroyable, notre entretien se termine comme il a démarré : elle me remercie chaleureusement de mon intérêt pour son histoire. Quand je lui demande ce que je peux lui souhaiter pour le futur, elle répond sans la moindre hésitation :

“Je veux être une chercheuse influente en informatique et je veux diriger ma boite. Les gens me disent que je dois choisir entre les deux mais moi je ne crois pas !”.

 

Marcela n’a peur de rien et est trop contente d’être là.