Open Rio

“Pour être honnête, il n’y a pas d’écosystème à Rio. Le sujet startup est vraiment nouveau au Brésil et Rio est bien loin de créer un écosystème. Sao Paulo c’est différent.” C’est sur ces quelques mots que se conclut notre entretien avec Aloisio Moraes, co-founder de Razoom, une marketplace de tours touristiques… Et c’est un peu la comptine quotidienne ici. Les entrepreneurs cariocas restent à Rio par choix du coeur et Sao Paulo, avec ses investisseurs, est un aspirateur. Il y a 3 ans, 4 accélérateurs privés opéraient à Rio - Pipa, OutSource, Papaya, et 21212 - ils ont aujourd’hui tous mis la clef sous la porte.

L’état de Rio étant structurellement dépendant du pétrole, les pouvoirs publics ont conscience de la nécessité d’investir dans le renouvellement de leur économie. Ils multiplient et supportent de nombreuses initiatives. Toutes les cases sont cochées : hackathon (Hackathon 1746), incubateurs (Startup Rio, Rio Criativa) et de nombreux pôles universitaires, plus R&D que innovation (LNCC, Instituto Genesis, NitRio...). Rio ayant été la capitale du Brésil, la ville a hérité et conservé un réseau académique très fort.

Moins visible, la mairie de Rio a monté LINC, Laboratório de Inovação Colaborativa, et s’est engagée dans une démarche d’innovation ouverte sur les enjeux de la smart city. Suite à un gros travail de recueil et de traitement des données publiques, ces jeux de données sont désormais disponibles en ligne sur data.rio/.

A l’occasion des Jeux Olympiques, la mairie a lancé des challenges. Résultat : impossible de mobiliser les communautés locales de développeurs (BrazilJS, Front-End Carioca, …), le manque de confiance à l’égard des institutions est ici manifeste. Ainsi, les 3 services issus de cette initiative sont tous développés par des startups étrangères : RioGo, une app mobile de transport et recommandation de bons plans dédié aux Jeux, Trafi, une app mobile de transport public, et Livrit, une app collaborative de mapping des obstacles pour les personnes à mobilité réduite.

Petit pas de salsa de côté pour rencontrer Bruno Rondani, basé à Sao Paulo, il est le fondateur de 100 Open startups, une plateforme de mise en relation de grands groupes et startups. Critique sur le manque de collaboration entre les sphères publiques et privées sur ces Jeux, il a néanmoins lancé un programme d’open innovation sur la verticale sport. Objectif affiché : créer des solutions d’engagement à la pratique sportive pour réduire la violence chez les jeunes et améliorer les conditions de la pratique d’activités physiques au Brésil.
Egalement dans la capitale paulista, comme souvent, ce sont les telco et les banques qui bougent les premières : la banque Itau a lancé Cubo et Telefonica, via sa filiale Vico, a implanté son accélérateur Wayra. Enfin, Rio accueillera prochainement sur Ipanema le Futuro Labs de Oi, un telco brésilien, qui ambitionne de monter un lab d’innovation et un fond venture.

Rio est définitivement un écosystème émergent. Sur l’open innovation, si le wording correspond bien, il s’agit essentiellement d’appel d’offre réservé à des startups. Celles-ci déploient leur technologie pour répondre à une demande précise de la collectivité ou de l’entreprise qui connaît la solution qu’elle souhaite voir implémentée. On reste dans un rapport traditionnel client-fournisseur et il n’y a pas encore de co-construction d’une solution pour répondre à une problématique posée.

Rio semble toutefois sur la bonne voie : les pouvoirs publics ont l’ambition de faire croître l’écosystème et des initiatives privés émergent. Aloisio de Razoom est notamment le co-fondateur d’une communauté informelle, Carioca Ecosystem, visant à mobiliser les acteurs locaux et à favoriser le partage d’expérience, et, il se murmure que AcceleraTech, l’accélérateur de référence au Brésil, prépare une prochaine implantation dans la ville carioca !